12 août 2018

Histoire des tiers-lieux et valorisation d’actifs

Quel est le point commun entre le forum athénien, les thermes romains, les églises moyenâgeuses, les librairies, les bars, les salons de coiffure, les makerspaces, hackerspaces et les espaces de co-working ?

Tous représentent des lieux d’échanges et de partages ; des tiers-lieux (third-place) tels que théorisés en 1989 par le sociologue américain Ray Oldenburg dans « The Great Good Place ». Ils s’opposent au lieu de résidence (first place) et au lieu de travail (second place). Ce sont des intermédiaires de socialisation qui favorisent la vie en communauté.

Les tiers-lieux : socialisation et ubiquité

A l’ère du Numérique, les frontières semblent s’abolir, les distances s’amenuiser. Il est aujourd’hui possible de travailler de chez soi en fusionnant first placeet second place. Symbole de cette mutation, le travail freelanceest en phase de démocratisation, il représente aujourd’hui 10% des actifs français voir même 25% dans certains corps de métier (techniques ou artistiques). Pour ce qui est du télétravail ; en 2016, le cabinet de conseil RH Kronos estimait à 16,7% le nombre de français à télétravailler plus d’une journée par semaine.

Ainsi, le XXIesiècle voit l’émergence de deux types de tiers-lieux différents pour accueillir ces travailleurs freelance ou télétravailleurs : les tiers-lieux de socialisation traditionnels mais assaisonnés à la sauce numérique, ces derniers permettant encore des rencontres physiques : café co-workings, FabLab… Mais aussi des tiers-lieux d’ubiquité (le fait d’être à plusieurs endroit en même temps) qui permettent une socialisation sans rencontre ni interaction physique (échanges par mail, forum, certains réseaux sociaux…).

Aujourd’hui, les tiers-lieux physiques sont plus que de simples espaces de rencontres, ils sont devenus des espaces de travail flexibles pour collaborateurs itinérants. Dans toutes les villes du monde ces facilitateurs sociaux se développent, et la France n’a pas échappé à cette tendance : LePetitFablab de Paris, l’écosystème Darwin de Bordeaux, la MYNE de Villeurbanne, le Proto204 de Bures-sur-Yvette (91), ou encore la centaine de FabLab français : record mondial !

Pour ce qui est des tiers-lieux d’ubiquité cette fois : ils sont une nouveauté totale, presque une révolution des constructions mentales. Voir des groupes se souder au mépris des frontières et des langues autour d’un idéal commun à travers des forums est une réalité.

Néanmoins, ces relations à travers un écran n’ont pas la même pro-action que des relations directes. Il y a une véritable nécessité de contact et de communion chez l’Homme. Quand bien même les réseaux sociaux agissent sur notre cerveau (pour aller plus loin, voir le lien entre partages/likes et cerveau).

Les bénéfices économiques et politiques

C’est sur ce constat que se développent les projets immobiliers de tiers-lieux physiques équipés (Wifi et autres…). Travailler sans collègues, ni collaborateurs, ni supérieur hiérarchique direct n’est pas forcément facile à vivre et des échanges de mails ne remplacent pas une discussion autour d’une boisson chaude.

Les promoteurs sont conscients de cette tendance et cherchent à prendre une part active dans l’essor de ces projets. Par-delà les bénéfices économiques que prouve par exemple le développement de la franchise Anticafé qui a vu le jour à Paris en 2013 et qui s’est développée à travers la France, il y a un autre argument qui semble compter : l’engagement politique.

Par engagement politique, il ne faut pas entendre la diligence du gouvernement à prendre à bras le corps les bouleversements du numérique par la Fondation Travailler autrement, dirigée par Patrick Levy-Waitz ; mais bien de mettre en avant le retour de l’individu au centre de la société : ce qui est radicalement politique.

S’engager financièrement dans ces espaces, c’est faire le pari de l’avenir, faire le pari d’une rencontre atypique qui bouleverse le futur, c’est faire le pari de l’Homme.